Histoires Marseillaises

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Comment éviter la gueule de bois en 2014

Les cafés, la nuit, la Méditerranée…

© Réseau Marseille Wireless

Les nuits marseillaises ne sont pas à la hauteur d’une grande métropole qui doit vivre sept jours sur sept. Difficile également de prétendre que la Municipalité encourage une activité nocturne qui, ici plus qu’ailleurs, a mauvaise réputation. La Ville préfère veiller sur le sommeil de ces administrés. Mais faut-il décréter le couvre feux sous prétexte que la majorité silencieuse s’endort devant sa télé avant 22 heures ? Quant à 2013, sera-t-elle une année d’excitation exceptionnelle et sans suite ? Ou une année capitale pour une ville enfin devenue une Capitale ?

Serge Hureau, n’est pas le seul à penser qu’une ville qui dort trop la nuit, ne rêve pas assez. Le directeur du Hall de la chanson a entre autres projets pour Marseille Provence 2013 l’ouverture de cafés Méditerranéens. « J’ai réalisé un travail sur les cafés qui me semble d’autant plus nécessaire que Marseille est une ville peu animée la nuit. Pourquoi ne pas favoriser l’ouverture de cafés offrant des activités artistiques qui leurs permettraient de renouer avec leurs origines. Les cafés de la Méditerranée sont nés à Venise au XVIe siècle. Quelques années plus tard, un arménien a essayé d’ouvrir à son tour un café à Paris. Mais ça n’a pas marché. Alors, il en a ouvert un à Marseille et là, il a connu un énorme succès. Nous pourrions proposer un parcours vivant qui s’appuierait sur cette histoire. Je réfléchis ainsi à un projet qui entrerait dans le cadre de la thématique « Milles et une nuit » de Marseille Provence 2013 ». De toutes évidences, les nuits marseillaises ont besoin d’être réanimées. Mais le terrain n’est pas vierge. Marseille est loin d’être un désert. Des lieux fonctionnent la nuit, mais cette densité nocturne n’est pas assez significative à l’échelle d’une métropole régionale qui se doit d’être active 24h sur 24h. La ville n’est pas assez animée la nuit parce que, majoritairement, les gens n’osent pas sortir de chez eux. Pourtant, les sollicitations existent. Certes, elles pourraient être plus nombreuses et plus diversifiées. Mais, le plus souvent, les discours sur le manque d’attractivité des nuits marseillaises servent surtout à justifier un sentiment de peur ambiant. Comment est-il entretenu ? Quelle est la réflexion politique sur ces questions ? Nos inquiétudes sécuritaires sont sans doute plus exacerbées la nuit, surtout à Marseille. Cette ville-port qui a longtemps véhiculé un imaginaire sulfureux reste propice à bien des fantasmes. Il ne s’agit pas de nier les problèmes de délinquances, de prostitution et toxicomanies. Mais, ils se posent avec la même acuité ailleurs. Il serait temps de cesser l’hypocrisie et les amalgames. En empêchant la vie nocturne, on ne résout en rien ces « problèmes ». On cherche tout simplement à faire comme s’ils n’existaient pas. Par contre, la méfiance et la suspicion qui pèsent sur les lieux de nuit induisent des politiques de limitation de leur activité. Cette dernière ne peut se développer que dans un esprit de tolérance et de responsabilisation des acteurs ; en étant un peu moins obnubilé par la répression et un peu plus porté vers la prévention des pratiques à risques et délictueuses.

Bien sûr, la question du bruit et du repos des riverains se pose aussi. Faut-il instaurer des zones bruyantes ? Encore des segmentations de l’espace urbain alors même que cette ville étouffe par manque de fluidité et de circulation !? De toute façon, si, passés 22 heures, les réponses législatives et réglementaires continuent à être dictées par la phobie du désordre, alors les Milles et une nuit ne seront au mieux qu’une exception, une simple diversion. Pour exister la nuit, les cafés doivent pouvoir déborder dans la rue. C’est un principe Méditerranéen que la loi anti tabac ne fait que rendre encore plus évident. Comment intégrer ces « débordements » aux autres fonctions de la ville ? Il faudrait sans doute encourager la mise en place d’espaces de médiation et de régulation. Les cafés et les bars en font partis… Comme les autres commerces, les centres sociaux, les CIQ, les services publics, les associations… Et si, là aussi, on faisait un peu plus confiance à un certain art de vivre, un art de réguler typiquement Marseillais ?

Fred Kahn

Lire également : Les Université d’automne du Hall de la chanson

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