Images et Paroles Engagées
La vidéo de proximité

« Filmer avec les gens » tel est le credo d’Images et Paroles Engagées, association audiovisuelle qui regroupe des militant(es) de cinéma documentaires. IPE produit et diffuse des documentaires et reportages réalisés dans un cadre citoyens » ou « amateur ». Cette production de plus en plus importante grâce aux progrès technologiques est complètement ignorée par les grands réseaux médiatiques. IPE revendique un droit de Cité pour la proximité, la participation et les démarches collectives…
IPE est à initialement un projet d’auteur. « Cette association nous permet de rendre lisible et visible notre activité de documentariste », explique Jean-François Debienne, le fondateur de l’association. Ce dernier a réalisé un certain nombre de documentaires ( sur les manifestations contre le G8, des Paroles de dockers, un témoignage d’une réfugiée Afghane…) dans lesquels il revendique un parti pris social et la volonté « de comprendre et filmer cette réalité si proche et si inaccessible parfois ». Mais ce travail n’a de sens que s’il s’ancre dans un territoire, en l’occurrence le quartier de Saint André, siège de l’association. « Nous ne nous contentons pas de filmer, nous essayons d’impliquer la population pour qu’elle comprenne comment et pourquoi se fabrique une image. C’est une démarche collective qui vise aussi à rompre l’isolement des gens face à leur télévision ».
Ainsi, Images et Paroles Engagées anime, à St André, dans le 16ème arrondissement de Marseille, un Centre de Ressources. A la fois médiathèque et espace d’expérimentations et de fabrications d’histoires et d’images, ce lieu organise également des projections et des rencontres. Il possède, en outre, un site internet, Moteur !* pour diffuser des reportages réalisés avec des habitants.?Â
Différents ateliers offrent, en effet, la possibilité de se saisir de l’outil vidéo. L’un de ces ateliers a permis de réaliser un film, Sorties d’usines, avec les habitants du quartier sur la mémoire ouvrière de Saint André. Jean-François Debienne : « C’était une façon de s’interroger sur l’existence de la classe ouvrière d’aujourd’hui en partant de la mémoire, pour le quartier de la Cabucelle ou de St André, des usines des années 60-70 ». Un groupe de huit personnes (la plus jeune a 22 ans et la plus âgée 75 ans) a été constitué. Ils ont pu appréhender les techniques de tournage avec un caméscope numérique (son, lumière, plan, séquence etc.). Ils ont interrogé des “personnes ressources” : syndicaliste, salariés à la retraite, prêtre ouvrier, responsable de CIQ… Ils ont débattu et construit le fil conducteur de l’histoire. Puis, ils ont été acteurs des différents tournages. Le film a été présentés dans le cadre des Ecrans Documentaires d’Arcueil et projeté plusieurs fois dans la région. Cette année, l’atelier vidéo a développé un partenariat avec l’association Handestau et a mis en place un dispositif de réalisation de reportages avec 3 groupes de 4 jeunes en situation de handicap. Ils ont ainsi été amenés à filmer leurs propres activités au sein de leur association**.
Hors des circuits commerciaux
Nous sommes inondés d’images, mais face à ce flux, il est très difficile de sortir d’un rôle de simple consommateur. IPE encourage les citoyens, notamment les jeunes, à s’approprier les techniques journalistiques et à réaliser leurs propres reportages. Là encore, il s’agit d’éveiller chez les gens le désir de porter un regard sur l’actualité de leur quartier et au-delà … « Ce sont des formats de 5 à 10 minutes que nous mettons en ligne sur notre site Moteur !. Nous organisons également des projections publiques de ces reportages tous les 3èmes mercredi de chaque mois***. Ils traites de sujets culturels, ou patrimoniaux, d’événements ou de luttes ». La mobilisation pour sauver l’école de Mourepiane, le mouvement universitaire, le refus de l’incinérateur de Fos, côtoient un sujet sur l’anniversaire d’un centre social, ou des portraits d’habitants de St André… Autant de tentatives pour se réinscrire dans une démarche collective et participative…Â
IPE a également une mission de diffusion. Le Centre ressource, situé à la Maison du Citoyen de St André, possède plus de 150 films que vous ne trouverez pas dans les circuits commerciaux. Ils ont été conçus par des réalisateurs indépendants régionaux ou par des collectifs de vidéastes, ou encore avec des structures d’éducation populaire. « Ce sont plutôt des films sociaux ou qui portent sur la Mémoire, mémoire des quartiers, mémoire d’événements ». Ces films sont consultables sur place et présentés au public lors de « Projections citoyennes ». Après la présentation du documentaire, systématiquement, un débat en présence du réalisateur s’engage avec la salle.
L’IPE ne s’arrête pas là . L’association veut rendre encore plus visible le vivier que représente les productions « amateurs ». D’où l’idée d’organiser un événement : des Rencontres régionales dédiées à ces vidéos de quartiers. La première édition a eu lieu en novembre 2007. « Nous avons reçu 90 films et à 80%, ils émanaient des centres sociaux. Ces vidéos amateurs témoignent d’un point de vue, d’une relation, d’une histoire avec les quartiers. Lors des Rencontres nous en avons projetés 70 en trois jours sur tout Saint André. Dans des bars, des salles de classes, à la bibliothèque… Nous avons créé un parcours vidéo chez les commerçants. Une vingtaine de documentaires ont spécialement été créés pour le festival par des MJC des Maisons de quartier et des centres sociaux de la région ». La prochaine édition des Rencontres se déroulera en avril 2010. Elle se sera ouverte aux vidéos urbaines et questionnera également la problématique Méditerranéenne. Mais en guise de préfiguration, le Centre de Ressources propose le 3 octobre, en partenariat avec la DRJS, une première journée de programmation et de débat****. Les films de jeunes réalisateurs (Yannick Blanchouin, David Guiraud et Sarah Ouazzani, tous trois issus du réseau Envie d’agir - programme national de soutien à l’engagement et à l’initiative des jeunes) vont côtoyer le travail de documentaristes hautement confirmés, puisque René Vautier et Paul Carpita, cinéastes engagés s’il en est, seront présents et qu’à cette occasion leurs premiers films (Afrique 50 ; Rencontres à Varsovie ) seront projetés. Une démarche de transmission malheureusement trop rare. « Pourquoi les jeunes cinéastes, au lieu de se réfugier dans une posture d’auteur, ne sont-ils pas plus présents dans les quartiers pour accompagner les jeunes, les aider à filmer et ainsi à poser un regard sur le monde ? ». Une question d’engagement, sans doute.
Fred Kahn
 Centre de Ressources Vidéo de St André. Maison du Citoyen - 11, rue Jean Labro – 13016 Marseille. 04 91 79 32 94 / 04 91 46 18 70. http://www.ipeprod.org/ipeprod/
*Moteur ! : http://www.moteur-webtv.info/
** Le fruit de cet atelier sera projeté le 26 septembre à 15 heures à la Bibliothèque de St André. 6, boulevard Salducci – 13016 Marseille
***Prochaine projections publiques Moteur ! le mercredi 16 septembre à 16 h dans les locaux de la MMA St-André. Puis tous les 3èmes mercredi de chaque mois
****2emes Rencontres régionales des vidéos urbaines. Chapitre I. Le 3 octobre. De 15 h à 19 h à la MMA de St André. Rencontre avec René Vautier et Paul Carpita et projections de premiers films documentaires de jeunes, réalisés dans le cadre du dispositif Envie d’Agir. A partir de 20 heures, au Polygone Etoilé, projection de Afrique 50 de René Vautier et de Rencontres à Varsovie de Paul Carpita.
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